Le moulin de la Porte, de l’eau à la mouture …

par | Jan 28, 2023 | Moulins, Prochainement | 0 commentaire

Un rouet en bois

par | Jan 28, 2023 | Moulins, Prochainement | 0 commentaire

Le bief

Le bief permet d’amener de l'eau au moulin en détournant via un barrage ou seuil construit sur le cours d'eau ("Le Naussannes" dit aussi, à l'époque du moulin, "Le Braquemart" (voir ...)), une partie de son eau. Il permet également de  stocker suffisamment d’eau nécessaire à une mouture, au niveau volume et pression.

 La chambre à eau

La chambre à eau ou chambre des rouets est située sous les meules, au niveau de la chute d’eau.

C'est le point le plus bas du moulin. C'est une "chambre noire", accessible uniquement par le meunier en cas d'avarie du système de captage de la force hydraulique. Le meunier y accède par un escalier en depuis la salle des meules.
L’eau y arrive, en provenance du bief, par un canal et deux percées dans le mur, chacune munie d’une trompe ou coursier en bois faisant office de vanne, de conduite canalisée et dirigée de l’eau afin que celle-ci entraîne au mieux le rouet correspondant. 
(sur l'image correspondante, ces trompes, en bois, n'existent plus et d'autre part, une des deux arrivées a été bouché pour fixer un tuyau)
L’ ouverture ou la fermeture de la trompe s’effectue depuis la salle des meules par une tige en fer, le Tirant. Ces arrivées d’eau sont à environ 4 mètres sous le niveau d’eau du bief lorsqu’il est rempli au maximum.

Explorons les divers mécanismes qui transforment la force hydraulique en mouvement de rotation de la meule tournante, en partant du point le plus bas de cette salle, soit au dessous du niveau de l'eau quqi y réside en permanence.

Au plus bas, nous trouvons "la pontille". C'est une poutre horizontale en chêne (grosse poutre sur l'image) appelée "banc"  qui prend appui en porte à faux, (sans être fixée), sur une autre poutre perpendiculaire (petite poutre sur l’image), elle-même fixée sur de solides pierres enfoncées dans le sol. La grosse poutre, du fait d'être non fixée peut être mue verticalement. Nous reviendrons ultérieurement sur les raisons de cette possible mobilité verticale.

Sur la grosse poutre est fixée la "crapaudine", bloc en acier ou bronze, constituant un palier en butée dans lequel tourne un pivot en métal trés dur appelée "grain". Celui-ci est emboité, du côté opposé, dans un bois appelé "arbre". "Arbre qui, au dessus, traverse et est fixée au rouet (ou rodet ou roue) à cuillers (ou augets) (rouet retrouvé dans la boue et l’eau, ce qui a permis sa conservation).
La dimension du rouet est approximativement identique à celle de la meule qu’il actionne, soit environ 120 cms de diamètre. Les cuillers sont assemblés au centre du rouet par un système à chevilles. Chaque cuiller est donc mobile. On peut ainsi changer un seul cuiller s’il est cassé ou usé.
Si l’âme du moulin est le meunier, le rouet en est le cœur, la pièce maîtresse qui fait le lien entre l’eau et le moulin, qui capte l’énergie des éléments naturels et la transforme en puissance mécanique.
 Un assemblage complexe, composite de variétés de bois nobles choisies chacune pour ses propriétés spécifiques, d’une grande précision et d’une solidité à toute épreuve. Le puissant flux de la trompe à eau d’un côté, le poids considérable et l'inertie de la meule tournante au-dessus, les tensions sont extrêmes. Il faut que l’outil soit parfait pour que le mouvement de la machinerie soit continu, régulier, sans vibration.
Retrouvons notre arbre, au dessus du rouet ... dans celui-ci est enfichée une tige métallique appelée "gros fer", d'abord rectangulaire puis arrondie dans sa traversée, au-dessus, de la meule dormante qui se trouve dans la chambre des meules.

La suite , donc, dans la salle des meules ...

Ci-contre, les fouilles dans le bas de la salle d'eau, fouilles qui ont permis de retrouver l'ensemble des éléments ci-dessous, dans l'état présenté, environ 120 ans après la dernière mouture

La chambre des meules

La chambres des meules est l'endroit où on trouve le tournant (les deux meules), le grain à moudre, la mouture, les meuniers, les clients amenant leurs céréales…

C'est un endroit ouvert, avec beaucoup de mouvements, de va-et-vient de personnes, de grains, de farine.
d'où l'expression "on y rentre comme dans un moulin"

On y accède du côté Ouest du Moulin par quelques marches extérieures (attention ça glisse …) descendant vers la porte d’accès.
On remarque la forme de la pierre …, taillée de façon que le sac de blé ou de farine porté sur l’épaule ne touche pas lorsqu’on descend ou monte les marches

C'est ici le point central du moulin, l'endroit d'où le meunier "pilote" entièrement sa "machine" à moudre.
Il ouvre, régle le débit, ferme l'arrivée d'eau en provenance du bief, en agissant sur le "tirant"
Il règle la finesse de la mouture en agissant sur le levier de trempure.
Il ouvre, règle le débit, ferme l'arrivée du grain dans l'auge.
Il y reçoit les personnes qui viennent faire moudre,  ceux qui empruntant le chemin y font une petite halte pour se mettre à l'abri ou pour discuter avec le meunier qui de ce fait est au courant de toutes les nouvelles du village.

Le fonctionnement du Moulin de la Porte

Le principe de fonctionnement

Nous avons vu que de la chambre d'eau, montait le "gros fer" prolongement de l'arbre qui transmet le mouvement circulaire du rouet.
Ce "gros fer" traverse, dans sa partie arondie,  la meule dormante (gisante) via le "boîtard" en bois garni de graisse puis se prolonge par une barre métallique aplatie et de section rectangulaire. Le rôle du "boîtard" est d'empêcher le grain de s'échapper le long du "gros fer". La graisse qu'il contient permet au "gros fer"  de tourner aisément sans s'échauffer.

Le "gros fer" se loge ensuite dans l'annille, pièce métallique en forme de U (ou un X) qui est placée dans des entailles pratiquées dans la face du dessous de la meule tournante. Quand le moulin fonctionne, l'annille permet de transmettre le mouvement de rotation de l'axe à la meule tournante mais aussi volante (elle repose alors uniquement sur ce "gros fer"). L’ anille est un élément très important car, à elle seule, elle doit maintenir en équilibre la meule tournante sur l’arbre et transmettre sans à coups le mouvement rotatif de celui-ci à la meule. En plus de la qualité de l’anille, Il est très important que la meule soit bien équilibrée, d’un poids identique sur toute sa surface sous peine qu’elle prenne « du gîte » et déséquilibre l’ensemble meule, arbre, rouet.

Nous avons parlé, dans la chambre d'eau, du système de trempure.
Sur un côté de la pontille, est fixée une tige, dit « épée, aiguille, levier de trempure», qui se termine, au-dessus, dans la chambre des meules. (cet aiguille n'existe plus, ou du moins pas encore retrouvée au moulin de la Porte). Celle-ci permet de plus ou moins soulever la pointille : étant donné que sur l'ensemble pontille/crapaudine/grain/arbre/rouet/gros fer repose la meule tournante, on comprends qu'en soulevant plus ou moins la pontille, on soulève plus ou moins, au final, la meule tournante.
Il faut par contre bien imaginé que l'ensemble pèse environ 1,5 tonne (cela nécessitait donc un système de levier pour démultiplier la force du meunier ou sur les moulins plus modernes un système de vis avec manivelle) et que le réglage doit être très précis puisqu'il s'agit  de régler l’écartement des meules au plus fin (de quelques millimètres) depuis la chambre des meules et donc in fine de régler la finesse de la mouture. Ce réglage de l'écartement doit être rectifié lors de chaque séance de mouture ou même en cours de mouture et peut varier très fortement en fonction de paramètres tels que la température, l'humidité de l'air, l'humidité du grain, la variété de blé, etc.

Au moulin de la Porte, seule reste une meule dormante, sa meule tournante ayant été enlevé, mais peut-être, un jour, reviendra-t-elle…

A l’origine, il y avait un deuxième couple de meules : soit pour gérer les temps de repiquage des meules, soit parce que chaque couple de meules était spécialisé dans un type de mouture ( un couple de meules pour le blé , un autre pour les céréales telles que le seigle, sarrasin et maïs).
Le meunier devait pouvoir surveiller et accéder facilement à la chambre d'eau et notament au rouet. Pour cela, il existe un escalier en pierre tel que nous pouvons le voir sur l'image de droite.

Imaginons les équipements en bois, aujourd'hui disparus… d'après d'autres moulins toujours en service...

Hormis les meules et le meunier  smile   l’équipement de la chambre des meules était principalement en bois. Ceci explique la disparition, hormis quelques planches, de l’ensemble de ces équipements en bois, au moulin de la Porte.

Les meules sont enfermées dans un coffrage en bois appelé archure. Celle-ci est généralement circulaire de façon à être au plus prés des meules. Il peut exister des archures carrées mais cela a été interdit (il restait trop de mouture dans les « coins » que le meunier avait « tendance » à garder pour lui et à récupérer entre deux clients).

Au dessus du couple de meules, la trémie en forme de pyramide renversée contient le grain à moudre et se termine par le sabot.
 L'auget en trépidant régule la sortie du grain de la trémie. Cette trépidation est le fait du frayon (ou babillard), came (cylindre carré), de bois dur ou en fer,  fixée sur l'axe du gros fer.
Le frayon, en tournant, frappe l'auget quatre fois à chaque tour de meule : à chaque coup, l’auget libère le grain contenu dans le sabot.
C'est le frayon qui est la source du caractéristique tic-tac des moulins.
Le grain tombe ensuite dans l'oeillard, au centre de la meule tournante, et se fait écraser entre les deux meules de façon de plus en plus fine, ceci en se dirigeant vers la périphérie de la meule grâce aux sillons qui sont tracés en conséquence.
On peut faire varier la quantité de grain qui descend par la position du sabot grâce à un système de régulation de la pente par ficelle et contre poids : le baille blé.

Les faces des meules sont creusées de sillons guidant le grain durant la phase d’écrasement de l’intérieur vers l’extérieur des meules, de façon à écraser de plus en plus finement la mouture et la guider vers l’archure dans laquelle elle tombe puis en sort par l’anche pour aboutir dans une auge ou huche.

Selon la technicité du moulin on peut effectuer alors le tri farine en utilisant un blutoir : cylindre en rotation, en pente, avec une trame de moins en moins fine : en sort alors successivement la farine, le remoulage et le son dans trois auges différentes.

L'échauffement des meules

Si les meules tournent à vide, elles s’échauffent et s'usent rapidement. Au pire, des étincelles peuvent se former et provoquer facilement une explosion et incendie dans cette atmosphére chargée de micro-particules de farine, ce qui n'était pas rare concernant les moulins et une des raisons pour laquelle un moulin était toujours à l'écart du village.

Pour sécuriser ce risque, on trouve des systèmes d’alarme ingénieux afin de prévenir le meunier que la trémie est bientôt vide.
On utilise pour cela une clochette : un objet était placé au fond la trémie, attaché à une corde, à l’autre bout de la corde, à l'aplomb de l'oeillard est attaché un contre-poids. Lorsque la trémie se vide la corde libérée laisse descendre le contrepoids qui vient se placer contre le frayon (ou babillard) agitant alors la clochette.

Le canal de fuite

Et oui, il faut bien que l'eau ressorte du moulin ...
C'est le rôle du canal de fuite qui permet à l’eau de rejoindre la rivière en aval.

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