Le recensement des moulins

Le recensement des moulins

Techniques

par Jean-Jacques BRU | 25 Mai 2026

Trois enquêtes statistiques sur les moulins à farine sont ordonnées par l’État en l'an II (1794), l'an X (1801) et 1809. Il s'agit pour le gouvernement d'évaluer les moyens de production de farines, d'un point de vue quantitatif (volume produit), qualitatif (qualité des farines) mais aussi prospectif (état matériel des moulins, variation

L'enquête de 1809 concerne 115 départements (dont les départements de l'Empire situés aujourd'hui en Belgique, Pays-Bas, Suisse et Italie).
Les résultats donneront 82 300 moulins à eau, 15 857 moulins à vent, soit un total de 98 157 moulins.

Les dénominations des moulins qui remontent de cette enquête sont intéressantes à étudier. Elles peuvent se répartir en quelques catégories :
- les moulins qualifiés par un adjectif : haut, bas, neuf, ancien, vieux, petit, grand, blanc, bleu, rouge, brûlé, fidèle, par ordre de fréquence décroissante
- les moulins désignés par référence à des éléments de l'environnement : du bourg, des prés, des pâtis, des landes, de la fontaine, du pont, de l'étang, des forges ...
- les moulins désignés par référence à des repères religieux ou révolutionnaires, par exemple pour les moulins de l'abbaye, des moines, de l'hôpital, des hospices, du prieuré, moliniste , janséniste , voire à des professions de foi politiques et on trouve des moulins dits La Liberté, Égalité , National ;
- des toponymes caractéristiques liés au fonctionnement des moulins et au comportement des meuniers : Écoute-s'il-pleut , l'Écrevice, Pisseloup, Tout-vent, Va-trop, Quatre-vents, le Ronfleur, aux Rats, Mocquesouris, Trompesouris, Coupe-soupe, Chasse-faim ...
- Le nom d'une famille de meuniers, ce nom restant même après le changement de meunier ou le nom du propriétaire du moulin.

Voici les résultats nationaux de cette enquête de 1809 >

Et une synthèse concernant l'aquitaine :

WP DataTables
Selon les Archives Nationales et documentation Claude Rivals

 Les statistiques du Bergeracois, de Naussannes et villages voisins

 Tout d'abord, la lettre de mission du ministère de l'intérieur transmise par le préfet au sous-préfet de Bergerac et la réponse de celui-ci concernant tous les villages du Bergeracois >

On notera le "désarroi" exprimé par le sous-préfet dans sa réponse au préfet.
Il écrit : "parce que les états des maires n'étant fondé sur aucun plan uniforme, présentent une diversité de détails qui ne permet d'en former un résultat général" :
- "les uns expriment le poids de farine suivant le système métrique, d'autres en ancien poids ou en ancienne mesure, dont la capacité n'est pas la même partout".
- "les farines se composent tantôt de froment ou seigle, tantôt d'autres grains mêlés ou séparés comme maïs, fèves et autres légumes"
- "la quantité de farine portée lar les états est dans la plupart, celle que les moulins auraient la possibilité de faire par jour, si l'eau, le vent et les grains ne leur manquaient pas : mais pendant une partie de l'année cette quantité est réduite au tiers, au quart, de ce qu'ils pourraient faire.
- "quelques maires expriment la quantité de farine par chaque roue, au lieu de l'exprimer par chaque moulin; et il n'est pas toujours facile de reconnaître cette intention de leurs états, d'autres portent les quantités par heure"
- "Le nombre de roues peut être aussi fort inexact. Plusieurs moulins qui n'ont qu'un tournant sont portés à deux roues. Les roues perpendiculaires sont très rares (il n'en existe qu'une seule à Bergerac) et cependant plusieurs maires en portent dans leur état. J'en ai remarqué un qui a noté pour des roues, les voiles d'un moulin à vent".

Mais, à la décharge des maires, et à la lecture des questions telles quelles ont été formulées par les techniciens ministériels parisiens, on peut se demander si celles-ci sont bien en adéquation avec la réalité du terrain. Pourquoi parler de roues perpendiculaires (perpendiculaires à quoi ?) alors qu'on parlait, en meunerie, de roues verticales ? Pourquoi ne pas avoir précisé le type de mesure demandée pour la quantité de farine (Kgs, quintal, livre) ?
D'autre part, on peut supposer que les maires et les meuniers ont été trés méfiants vis à vis de cette enquête : certainement  de ne pas dévoiler toutes les ressources par crainte de réquisitions telles qu'on avait connues précédement sur le bétail (chevaux, porcs, etc.) pour les besoins des divers guerres.

Je retransmets, néamoins, ces résultats, ci-dessous : ils nous donnent de bonnes infos sur le nombre de moulins par commune, les grains moulus, les meuliéres de l'époque, les périodes d'étiage pour tous ces moulins à eau.

Les résultats concernant Naussannes et les villages voisins :


WP DataTables

Les réponses détaillées des maires de Naussannes et villages voisins >

A Naussannes, d'après la réponse du maire, on peut noter que :
- Il y a bien un seul et même propriétaire pour le moulin à eau de La Porte et le moulin à vent de Naussannes.
- Le moulin de George est bien en fonctionnement.
- Le moulin de Peyrichou n'est pas mentionné (il est sur la commune de Beaumont depuis 1790, mais certainement plus en fonctionnement ou alors seulement pour les besoins privés de Luziers)
- Le moulin des Justices (de la Justice) n'est pas mentionné mais on le retrouve bien répertorié et en fonctionnement sur la commune de Beaumont (commune dont il fait parti depuis 1790)
- Les meules des moulins de Naussannes ont pour origine Larocal de Cugnac (Ste Sabine).

Son maire, Mr VIVIEN, fait observer :
- "le moulin à eau n'a point de source capable de lui fournir d'eau à pouvoir tourner, si ce n'est les quatre mois d'hiver où les pluies sont abondantes et malgré le moulin à vent, le meunier qui les fait aller, dés que la saison de l'été arrive, il est obligé de porter moudre les bleds sur la rivière de la Couze"
- "le moulin de George n'est pas plus abondant en eau, le meunier est aussi obligé, la moitié de l'année, de porter moudre les bleds sur la rivière de la Couze"

Le maire de Beaumont, Mr FOUSSAL : "dans les fortes chaleurs tous ces moulins manquent d'eau, ainsi dans ce cas il faudrait un peu diminuer cette quantité de farine pour compenser le temps où ils en font peu"

Le maire de Monsac : "les meules d'un même moulin ne tournent jamais en même temps parce que presque jamais il n'y a assez d'eau pour les faire touner à la fois"

Le maire de Lanquais cite les grains moulus : "Bled froment, seigle, bled d'espagne"

Le maire de Rampieux cite les grains moulus : "Blé, froment, seigle, maïs"

Le maire de Sainte-Sabine  "les habitants sont obligés de faire moudre au dropt, canton de Villeréal , attendu que leur place dans leur commune ne peunent leur suffire"

Le maire de Verdon : "il n'existe ni moulin à eau, ni moulin à vent, ni moulin à bras mais qu"il faut pourtant dire qu'il y a eu autrefois un à vent mais comme il ne lui reste absolument que des murs, il doit compter pour rien"

Le maire de Monferrand "les meules sont fort chères",  "on fait moudre toute sorte de grains, même les châtaignes séches"

Le maire de Labouquerie"les chiffres données sont dans le cas où l'eau et le blé ne manquerait jamais, ce qui n'est pas le cas : l'eau devient si courte dans le grand fort de l'été, le blé manque aussi souvent."

Le maire de Sainte-Croix  "quand les eaux abondent, le bled manque"

Selon les Archives départementales de Dordogne

 Le devenir des moulins de 1809 à nos jours

 La fin du 19ème et le milieu du 20ème siècle voient l'apparition des industries de production de farine, les minoteries.

Elles sont détenues par les grands bourgeois et/ou des actionnaires, la transformation de certains moulins en minoterie, de certains meuniers en minotiers et surtout la disparition de très nombreux moulins et meuniers traditionnels.

----------

Nota : Minoterie vient du mot minot qui désignait le baril servant à transporter la farine de la France vers ses colonies. Ce mot est également une ancienne mesure qui contenait la moitié d'une mine, soit 39,36 litres. Les premières minoteries trouvaient leur débouché principal dans la fabrication de la farine pour les colonies de la France: ces farines étaient alors stockées dans ces minots de façon à avoir la meilleurs conservation possible durant le transport en bateaux. D'où le terme de minoterie et de minotier pour ceux qui fabriquaient la farine.
Plus récemment, on constate que les termes moulin/meunier sont egalement utilisées de lieu et place de minoterie/minotier.

----------

La minoterie est la migration du monde artisanal que sont le moulin et son meunier en un monde industriel, capitaliste, à base de machines modernes conduites par des ouvriers sous le commandement du minotier. La minoterie se met petit à petit à l'abri des aléas des pluies, du vent en faisant appel à des énergies artificielles disponibles jours et nuits, toute l'année : machine à vapeur, moteur électrique. De même, dans ces nouvelles industries, on utilise les méthodes maintenant disponibles de mouture (cylindres au lieu des meules en pierre), de nouveaux blutoirs, de conservation des grains, de la farine ainsi que des nouveaux moyens de transport.
On peut donc produite beaucoup plus sur un même site, à coût moindre, et à destination d'une population beaucoup plus éloignée et donc plus nombreuse que celle concernée par un petit moulin.
De même, la clientèle des campagnes a changé ses habitudes : on ne fait plus son pain dans son four familial (ou partagé ente voisins) mais on achète son pain chez le boulanger, celui-ci achetant la farine chez le minotier qui le livre directement.
D'autre part, avec l'apparition des petits moulins agricoles électriques, l'agriculteur peut moudre lui-même les grains pour l'alimentation du bétail, enlevant ainsi au meunier la mouture de ces grains.
Selon des estimations (notamment selon Claude Rivals) et divers recensements, voici, en tableau, la migration de la meunerie traditionnelle en minoterie au 19 éme et 20 éme siécle :

Edit Table

 

Cette révolution meunier > minotier n'a pas été, bien entendu, sans conséquence sur la vie des  meuniers traditionnels.

Il y eut de très nombreuses faillites et des drames familiaux avec des suicides. La révolution avait mis fin aux monopoles seigneuriaux sur les moulins banaux : de nombreux moulins avaient été saisis, les meuniers les avaient très souvent rachetés, le plus souvent à crédit et se sont alors retrouvés dans l'impossibilité de rembourser ces crédits.

Ainsi à Naussannes,

- le moulin de Georges voit partir sa dernière famille de meuniers (Jean et Catherine GRENIER) entre  1810 et 1820. Ils seront ensuite meunier au moulin de Port de Couze.
- le moulin de la Porte voit partir sa dernière famille de meuniers (Gabriel et Anne JUGLAS) vers 1894. Comme on peut voir ici, les JUGLAS étaient devenus propriétaires du moulin. Au décès (22 Août 1893) de Marie JUGLAS, née REY, son fils Gabriel JUGLAS, meunier au moulin de la Porte, et son petit-fils GABRIEL MAGAL, cultivateur à Pradal, fils de JEANNE MAGAL, décédée, héritent des dettes du moulin.
Gabriel MAGAL en deviendra acquéreur lors d'une vente aux enchères, sur saisie immobilière. Le prix d'achat permettra de recouvrir à quelques francs prés la dette due au Général d'AVOUT..
Gabriel MAGAL le revendra deux après pour la même somme.
Gabriel JUGLAS, devenu restaurateur, sa femme Anne, née DARD, leurs 3 enfants, Pierre, Gabriel, Isabelle,  habiteront ensuite rue Saint Georges à Bergerac.

Nota : Gabriel MAGAL avait un frère (Gabriel également), instituteur adjoint à Beaumont du Périgord. Ce fut la dernière personne à décéder  au moulin de la Porte le 25 Août 1893 (il avait 26 ans), soit 3 jours  après le décès de sa grand-mère, en ce même lieu. Les causes de ce décès, à 3 jours de celui de sa grand-mère, peuvent poser question...

Les poids et mesures sous l’ancien régime

Les poids et mesures sous l’ancien régime

Et avant notre système métrique actuel, c'était comment ?

Techniques

23 Oct, 2025

A propos des anciennes mesures

Nous utilisons tous les jours les mesures métriques inventés lors de la révolution.  Sous l'ancien régime, nous sommes loin de tout cela. On a du mal à s'imaginer, aujourd'hui, la diversité d'unités alors utilisées. Chaque juridiction, chaque ville, chaque seigneur a son propre système de mesures et même parfois plusieurs. Quelle pagaille pour fixer des équivalences entre juridiction, entre villes, entre paroisses.  De plus, le seigneur local peut avoir lui-même son propre système (mesures grenier ) lorsqu’il récolte le paiement en nature des paysans qui lui sont redevables du cens. Et ne parlons pas de la façon de remplir la mesure ; à ras bord, après tassement, bombé …
Ainsi, dans la "descrition Topographique de la France " publiée sous le premier empire, on trouve en Dordogne, 14 espèces de Journal (1700 M2 à 5200 m2), 5 Sortes de Pugnerées, parfois nommés Poignererées, d'autre fois Pognerées, 6 sortes de Sexterées (13 713 m2 à 18261 m2) !

Tout cela ne facilite pas la relation entre personnes, entre marchands, seigneurs, paysans mais au contraire et souvent à juste titre alimente le soupçon de « se faire gruger ».

 On comprend alors le fait que cela soit une revendication unanime d’uniformiser le système de poids et mesures lors de l’établissement des cahiers de doléance en 1789 :   Le système métrique décimal  sera institué le 18 germinal an III () par la loi « relative aux poids et mesures ». Cependant celui-ci ne s'impose pas immédiatement dans la population. Il faut plusieurs décennies d'adaptation et de transposition en nouvelles mesures métriques. (au fait, n'entendons-nous pas encore parler de Livres !)

Et au moulin de la Porte ? à Naussannes ?

Ce présent article sur les anciennes mesures est là pour éclairer les divers documents anciens tels les terriers de l'OSJ, les actes notariaux que vous pouvez trouver sur ce site. Il n'a donc pas la prétention d'être une étude complète sur toutes les mesures existantes dans l'ancien régime en Périgord et encore moins en France mais seulement sur les plus courantes utilisées localement.
Tous les textes retrouvés, terriers OSJ, actes notariaux concernant le moulin et les meuniers du Moulin de la Porte font référence aux mesures de Beaumont : on en conclue donc qu'à Naussannes,  les mesures utilisées sont celles de Beaumont.

Voyons, ci-après, quelles sont ces unités de mesures et leur valeur locale.

Les mesures linéaires

Sous l'ancien régime, comme pour les unités de mesures actuelles (le mètre  étant  défini comme la dix millionième partie du quart du méridien terrestre), il est nécessaire de disposer d'un étalon.
C'est ainsi qu'en 1688, l'étalon  Toise est fixé au pied du mur de l'escalier du Chatelet en remplacement du précédent qui n'est plus juste, le pilier sur lequel il était fixé s'étant incurvé.
Cette nouvelle Toise référence est équivalent à 1,949 mètre. L'ancienne Toise mesurant 1,960 m, il est important de préciser à quelle Toise on se réfère...

Le Pied du Roi, par définition le 1/6 de la nouvelle Toise, mesure donc  32,484 cm. Toutes les valeurs découlant découlant du pied du Roi, voici dans le tableau ci-contre les valeurs métriques les plus répandues (en Bleu, les plus utilisées et leur correspondance actuelle).

Petite anecdote > si vous visitez Villereal, vous pouvez y apercevoir une petite rue nommée "Rue de Canard' : ce nom ne vient pas de l'animal comme on peut le penser à juste titre mais du fait qu'y habitait le "mesureur" agréé de l'époque qui utilisait la Canne en Lot et Garonne comme instrument de mesure et qu'on appelait le "Ca(n)nard" . A rapprocher de la mesure Arpent et du métier "Arpenteur" 

 

 

WP DataTables

Les mesures de superficie

Les mesures de superficie sont bien entendu basées sur les mesures linéaires et donc sur le Pied du Roi.
La mesure servant de base est l'Escat qui est défini comme étant un carré de 13,5*13,5 Pieds du Roi, soit une superficie de 19,23 m2.

Quatre documents nous permettent de répertorier les  mesures de superficie en usage à Naussannes sous l'ancien régime et les traduire en valeurs actuelles.

1 - Le Terrier de 1700 répertoriant le tènement dit "Du Bourg" de la paroisse de Naussannes indique pour celui-ci une superficie de  : "1 Sexterée, 5 Pougnerée, 35 Escats, perche et mesures de la présente juridiction de Beaumont"

2 - Le terrier de 1754 (Voir ICI) répertoriant le même tènement indique pour celui-ci une superficie de : "20 Pugnerées, 17,5 Escats" et définit la Pugnerée comme égale à  "72 Escats et cet Escat comme valant 13,5 pieds au carré."

3 - L'étude statistique faite par Cyprien Brard , à la demande du Préfet de Dordogne, en 1833 (enquête à laquelle répond le maire, Boinel, très instructive sur Naussannes avec plusieurs sujets concernant l'élevage, le type de culture, les habitudes de culture, le mode d'exploitation des terres, la culture de la vigne et l'exploitation de la forêt) parle des mesures locales de superficie : "La quartonéne qui contient 71 Escats ou 13 ares 82 centiares)
4 - L'état des sections de Naussannes établis en 1837 (Voir ICI) qui en introduction présente de façon officielle le tableau de rapport entre les nouvelles mesures agraires (donc celle post Révolution, officiellement en vigueur en 1837 sous l'empire) et les mesures officieuses dites "de la commune de 1795", en fait les mesures de l'ancien régime qui étant toujours plus ou moins d'usage nécessitent ce tableau de rapport..
Ce tableau de rapport mentionne :
"- La Cartonnée ( équivalent à 8 Picotinées) vaut 13 ares 77centiares
- La Picotinée (équivalent à 9 escats) vaut 1 are 72 centiares
- L'Escat (équivalent à 13 pieds 6 pouces de côté) vaut 19 centiares"

Au premier abord, rien de bien équivalent ... mais si pourtant :

Les dénominations :
Il faut comprendre que chaque juridiction a ses propres mesures mais qu'en plus la royauté essayant d'unifier ces mesures sans jamais y parvenir vraiment, l'empire essayant d'imposer la transition, les notaires plus ou moins ouverts à ces nouvelles mesures, on peut avoir l'utilisation de diverses dénominations de mesures.
Donc rien d'étonnant qu'un notaire utilise en 1700 le Sextercé avec ses sous-divisions (Pougnerées et Escats) alors que 54 ans plus tard un autre notaire utilise directement les Pugnerées (avec une autre orthographe !)  et sa sous-division l'Escat.
De même, que Pugnerée utilisé à Beaumont sous l'ancien régime devienne Cartonnée sous l'empire, mesure plus généralement utilisée.
L'essentiel est que tous se basent sur la valeur étalon qu'est l'Escat (sous réserve que celui-ci soit bien basé sur la valeur étalon de la Toise de 1688 ...)

Les valeurs :
-Le notaire de l'OSJ en 1754 définit textuellement la Pugnerée à 72 Escats.
- L'arpenteur de l'état des sections en 1837 définit la Cartonnée à  8 Picotinées, et la Picotinée à 9 Escats, donc  8*9 = 72 Escats. On a  bien les mêmes valeurs en 1700 et en 1754 mais avec des dénominations et des sous mesures différentes !
- Concernant la valeur de l'Escat : en 1837 : "13 Pieds et 6 Pouces de côté". On parle ici de surface, donc Il faut comprendre "un carré de 13 Pieds et 6 Pouces" ou "13 Pieds et 6 Pouces au carré" . On sait qu'un Pied vaut 12 Pouces (et oui ... :-)) Donc 6 Pouces = 0,5 Pied.
Donc 13 Pieds et 6 Pouces de 1837 =  13,5 Pieds de 1754.
On a donc équivalence entre ces documents. C.Q.F.D.

La Sétérée est en fait la surface ensemencée avec un setier.
La Cartonnée, la surface ensemencée avec 1 quarton de froment.
La Picotinée, la surface ensemencée avec 1 picotin de froment.
Le Journal, la surface moyenne qui peut être travaillée dans une journée de travail (par un journalier ...).

WP DataTables

Les mesures de grains

Ces mesures jouent un rôle très important, notamment dans les campagnes.
Par exemple, le meunier prélevait une partie des grains amenés à moudre (entre 1/32 et 1/16 ème) en guise de salaire.
De même comme le montrent les terriers de l'OSJ à Naussannes la rente féodale prélevée était payée en froment par les propriétaires de bien.
Il en va également ainsi pour la dîme perçue au 1/13ème sur le froment, seigle, avoine, orge.

Comme pour les autres mesures, chaque juridiction, ville, bastide avait ses propres réglementations de capacités de mesures de grain. D'où, les "mesures publiques", comme à Beaumont en pierre au fond de la place dite "place des mesures" ou à Monpazier en métal sous la halle. .A disposition de la population et des marchands ambulants, obligés de les utiliser, cela permettait les transactions entre particuliers et aux différents agents du roi, des monastères,  des curés, du seigneur, de la ville de prélever une redevance de mesurage.
Cela n'empêchait pas les trucages et les fraudes comme nous le montre ce document ... photo par 7 et article léo testut qui en parle

l’unité de mesures est le boisseau appelé aussi selon les localités : Quarte, Quarton, Pognère ou Pugnère (1/4 de sac de blé).
Le Boisseau correspond à un poids de froment en bon état de mouture variable de 32 à 60 Livres, selon la contrée du Périgord.
A Naussannes, le Quarton contient 8 Picotins.

WP DataTables

Les mesures de Poids

Par définition la livre de Paris pesait (en gramme actuel 489,5 g. Mais selon les régions, villes, etc on pouvait utiliser d’autre livres. En Périgord, on utilise la livre de Paris.

WP DataTables

 

Les mesures de liquide

La barrique du Périgord varie entre 210 et 220 pintes, soit entre 220 et 240 litres de maintenant.
 Le Pot contient 2 Pintes, 
La Pinte 2 Chopines
, La Chopine 2 Roquilles ou Quarts

WP DataTables

Le système monétaire

La Livre vaut 20 Sols ou Sou, le Sol ou Sou vaut 12 Deniers.

WP DataTables

Notes utilisées : (d’après les Tables de comparaison des anciennes mesures de Dordogne avec celles du nouveau système métrique par M. Delay - 1809) et les feuillets beaumontois