Le moulin de la Porte, de l’eau à la mouture …

Les moulins furent les premières usines inventées par l'homme dans le sens où le processus à accomplir (moudre) se fait sans la force humaine ou animale et de façon automatique. Partons à la découverte de cette "usine" du Moulin de la Porte, son rouet à cuillers, son gros fer, son boîtard, son anille, sa crapaudine, son frayon, etc. etc
Le bief
Le bief permet d’amener de l'eau au moulin via le canal d'amenée et un seuil construit sur un cours d'eau. Il permet également de stocker suffisamment d’eau nécessaire à une mouture, en volume et pression. Le moulin de la Porte est construit sur le ruisseau dit actuellement "ruisseau de Naussannes" et du temps de l'activité du moulin dit "Le braquemart. Voir Le moulin de la Porte, toute une histoire.
La chambre d'eau
Elle est située sous les meules, au niveau de la chute d’eau. Point le plus bas du moulin, c'est une "chambre noire", accessible uniquement par le meunier pour l'entretien et la réparation du système de captage de la force hydraulique. Le meunier y accède par un escalier, à l'accès protégé, depuis la salle des meules.
L’eau y arrive, en provenance du bief, par un canal et deux percées dans le mur, chacune munie d’une trompe ou coursier en bois faisant office de vanne et de conduite canalisant et dirigeant le flux d’eau afin d'entraîner au mieux le rouet correspondant.
(sur l'image correspondante, ces trompes, en bois, n'existent plus et d'autre part, une des deux arrivées a été bouché pour fixer un tuyau)
L’ ouverture ou la fermeture de la trompe s’effectue depuis la salle des meules par une tige en fer, le tirant. Ces arrivées d’eau sont à environ 4 mètres sous le niveau d’eau du bief. (hauteur nécessaire pour entrainer ce type de meule à connexion directe aun rouet)
Explorons les divers mécanismes qui transforment la force hydraulique en mouvement de rotation de la meule tournante, en partant du point le plus bas de cette salle.
Au plus bas, nous trouvons la pontille. C'est une poutre horizontale en chêne (grosse poutre sur l'image) aussi appelée banc qui prend appui en porte à faux, (sans être fixée), sur une autre poutre perpendiculaire (petite poutre sur l’image), elle-même fixée sur de solides pierres enfoncées dans le sol. La grosse poutre, du fait d'être non fixée peut être mue verticalement depuis la salle des meules par un tirant.
Nous reviendrons ultérieurement sur les raisons de cette possible mobilité verticale.
Sur la pontille est fixée la crapaudine, bloc en acier, dans lequel tourne un pivot en métal très dur appelée grain.
Celui-ci est emboité, du côté opposé, dans un bois appelé arbre. Arbre qui, au dessus, est fixée au rouet (ou rodet ou roue) à cuillers (ou augets) et le traverse.
Le rouet ou a dimension du rouet (retrouvé dans la boue et l’eau, ce qui a permis sa conservation). est approximativement identique à celle de la meule qu’il actionne, soit environ 120 cm de diamètre. Les cuillers sont assemblés au centre du rouet par un système à chevilles. Chaque cuiller est donc mobile. On peut ainsi changer un seul cuiller s’il est cassé ou usé.
Si l’âme du moulin est le meunier, le rouet (ou rodet ou roue à cuillers) en est le cœur, la pièce maîtresse qui fait le lien entre l’eau et le moulin, qui capte l’énergie des éléments naturels, la transforme en puissance mécanique pour faire tourner les meules mais aussi instille la vie au moulin par les vibrations ressenties dans l'ensemble du bâtiment et le fameux "tic-tac".
C'est un assemblage complexe de différents bois, d’une grande précision et d’une solidité à toute épreuve. Le puissant flux de la trompe à eau d’un côté, le poids considérable et l'inertie de la meule tournante au-dessus, les tensions sont extrêmes. Il faut que l’outil soit parfait pour que le mouvement de l'ensemble soit continu, régulier, le moins possible de vibration.
Retrouvons notre arbre, au dessus du rouet ... dans celui-ci est enfichée une tige métallique appelée gros fer, d'abord rectangulaire puis arrondie dans sa traversée, au-dessus, de la meule dormante qui se trouve dans la chambre des meules.
La suite , donc, dans la salle des meules ...
Ci-contre, les fouilles dans le bas de la salle d'eau, fouilles qui ont permis de retrouver l'ensemble des éléments ci-dessous, dans l'état présenté, environ 120 ans après la dernière mouture
La salle d’eau du moulin de la Porte
On aperçoit les 2 arrivées d’eau dans lesquelles était fixées les trompes en bois. (Nota : une arrivée d’eau a été « tuyautée »)
Le tirant – Moulin de la Porte
Il permet au meunier de régler l’ouverture des trompes amenant l’eau sur les rouets.
La crapaudine et la pontille – moulin de la Porte
La crapaudine fixée sur le banc qui est en porte à faux sur la petite poutre
Crapaudine et grain au moulin de la Porte
Le grain dans le quel est fixé l’arbre troune dans la crapaudine.
Crapaudine, grain, arbre – moulin de la Porte
L’arbre terminé par le grain tourne dans la crapaudine fixée sur la tempure
Le gros fer terminé par l’anille du moulin de la Porte
Le gros fer fixé sur l’arbre traverse la meule dormante et supporte la meule tournante
Fouille et extraction de boue dans la salle d’eau au moulin de la Porte
On aperçoit un début de trempure.
La salle des meules
La salle des meules
La salle (ou chambre) des meules est l'endroit où on trouve le tournant (les deux meules), le grain à moudre, la mouture, les meuniers, les clients amenant leurs céréales…
C'est un endroit ouvert, avec beaucoup de mouvements, de va-et-vient de personnes, de grains, de farine.
d'où l'expression "on y rentre comme dans un moulin"
On y accède du côté Ouest du Moulin par quelques marches extérieures (attention ça glisse …) descendant vers la porte d’accès.
On remarque la forme de la pierre …, taillée de façon que le sac de blé ou de farine porté sur l’épaule ne touche pas lorsqu’on descend ou monte les marches
C'est ici le point central du moulin, l'endroit d'où le meunier "pilote" entièrement sa "machine" à moudre.
Il ouvre, régle le débit, ferme l'arrivée d'eau en provenance du bief, en agissant sur le "tirant"
Il règle la finesse de la mouture en agissant sur le levier de trempure.
Il ouvre, règle le débit, ferme l'arrivée du grain dans l'auge.
Il y reçoit les personnes qui viennent faire moudre, ceux qui empruntant le chemin y font une petite halte pour se mettre à l'abri ou pour discuter avec le meunier qui de ce fait est au courant de toutes les nouvelles du village.
Le fonctionnement du Moulin de la Porte
Le principe de fonctionnement
Nous avons vu que de la chambre d'eau, montait le "gros fer" prolongement de l'arbre qui transmet le mouvement circulaire du rouet.
Ce "gros fer" traverse, dans sa partie arondie, la meule dormante (gisante) via le "boîtard" en bois garni de graisse puis se prolonge par une barre métallique aplatie et de section rectangulaire. Le rôle du "boîtard" est d'empêcher le grain de s'échapper le long du "gros fer". La graisse qu'il contient permet au "gros fer" de tourner aisément sans s'échauffer.
Le "gros fer" se loge ensuite dans l'annille, pièce métallique en forme de U (ou un X) qui est placée dans des entailles pratiquées dans la face du dessous de la meule tournante. Quand le moulin fonctionne, l'annille permet de transmettre le mouvement de rotation de l'axe à la meule tournante mais aussi volante (elle repose alors uniquement sur ce "gros fer"). L’ anille est un élément très important car, à elle seule, elle doit maintenir en équilibre la meule tournante sur l’arbre et transmettre sans à coups le mouvement rotatif de celui-ci à la meule. En plus de la qualité de l’anille, Il est très important que la meule soit bien équilibrée, d’un poids identique sur toute sa surface sous peine qu’elle prenne « du gîte » et déséquilibre l’ensemble meule, arbre, rouet.
Nous avons parlé, dans la chambre d'eau, du système de trempure.
Sur un côté de la pontille, est fixée une tige, dit « épée, aiguille, levier de trempure», qui se termine, au-dessus, dans la chambre des meules. (cet aiguille n'existe plus, ou du moins pas encore retrouvée au moulin de la Porte). Celle-ci permet de plus ou moins soulever la pointille : étant donné que sur l'ensemble pontille/crapaudine/grain/arbre/rouet/gros fer repose la meule tournante, on comprends qu'en soulevant plus ou moins la pontille, on soulève plus ou moins, au final, la meule tournante.
Il faut par contre bien imaginé que l'ensemble pèse environ 1,5 tonne (cela nécessitait donc un système de levier pour démultiplier la force du meunier ou sur les moulins plus modernes un système de vis avec manivelle) et que le réglage doit être très précis puisqu'il s'agit de régler l’écartement des meules au plus fin (de quelques millimètres) depuis la chambre des meules et donc in fine de régler la finesse de la mouture. Ce réglage de l'écartement doit être rectifié lors de chaque séance de mouture ou même en cours de mouture et peut varier très fortement en fonction de paramètres tels que la température, l'humidité de l'air, l'humidité du grain, la variété de blé, etc.
Au moulin de la Porte, seule reste une meule dormante, sa meule tournante ayant été enlevé, mais peut-être, un jour, reviendra-t-elle…
A l’origine, il y avait un deuxième couple de meules : soit pour gérer les temps de repiquage des meules, soit parce que chaque couple de meules était spécialisé dans un type de mouture ( un couple de meules pour le blé , un autre pour les céréales telles que le seigle, sarrasin et maïs).
Le meunier devait pouvoir surveiller et accéder facilement à la chambre d'eau et notament au rouet. Pour cela, il existe un escalier en pierre tel que nous pouvons le voir sur l'image de droite.
Gros fer et anille
Partie du gros fer traversant la meule dormante via le boîtard et anille en U sur laquelle repose la meule tournante
Le boitard – moulin de la Fage Haute, Villeréal
Il guide et maintient l’arbre bien centré pendant sa rotation. Il est garni de réservoirs de graisse pour limiter les frottements et l’usure à cet endroit critique.
Imaginons les équipements en bois, aujourd'hui disparus… d'après d'autres moulins toujours en service...
Hormis les meules et le meunier
l’équipement de la chambre des meules était principalement en bois. Ceci explique la disparition, hormis quelques planches, de l’ensemble de ces équipements en bois, au moulin de la Porte.
Les meules sont enfermées dans un coffrage en bois appelé archure. Celle-ci est généralement circulaire de façon à être au plus prés des meules. Il peut exister des archures carrées mais cela a été interdit (il restait trop de mouture dans les « coins » que le meunier avait « tendance » à garder pour lui et à récupérer entre deux clients).
Au dessus du couple de meules, la trémie en forme de pyramide renversée contient le grain à moudre et se termine par le sabot.
L'auget en trépidant régule la sortie du grain de la trémie. Cette trépidation est le fait du frayon (ou babillard), came (cylindre carré), de bois dur ou en fer, fixée sur l'axe du gros fer.
Le frayon, en tournant, frappe l'auget quatre fois à chaque tour de meule : à chaque coup, l’auget libère le grain contenu dans le sabot.
C'est le frayon qui est la source du caractéristique tic-tac des moulins.
Le grain tombe ensuite dans l'oeillard, au centre de la meule tournante, et se fait écraser entre les deux meules de façon de plus en plus fine, ceci en se dirigeant vers la périphérie de la meule grâce aux sillons qui sont tracés en conséquence.
On peut faire varier la quantité de grain qui descend par la position du sabot grâce à un système de régulation de la pente par ficelle et contre poids : le baille blé.
Les faces des meules sont creusées de sillons guidant le grain durant la phase d’écrasement de l’intérieur vers l’extérieur des meules, de façon à écraser de plus en plus finement la mouture et la guider vers l’archure dans laquelle elle tombe puis en sort par l’anche pour aboutir dans une auge ou huche.
Selon la technicité du moulin on peut effectuer alors le tri farine en utilisant un blutoir : cylindre en rotation, en pente, avec une trame de moins en moins fine : en sort alors successivement la farine, le remoulage et le son dans trois auges différentes.
voir qui explique bien : https://villesetvillagesdelavesnois.org/moulins-avesnois/moulinsavent/moulins-a-vent-avesnois.htm
En fait, dans un moulin à farine, ce ne sont pas deux pièces différentes : c'est la même pièce, désignée par des noms différents selon les régions.
Le rôle de cette pièce
Elle est fixée sur l'axe de la meule tournante, juste sous la trémie (l'entonnoir où l'on verse le grain). Sa forme irrégulière (souvent en croix ou à facettes) fait qu'en tournant, elle vient buter contre le manche de l'auget — le petit bac en bois qui achemine le grain vers le trou central de la meule (l'œillard). Ce contact répété secoue l'auget et fait descendre le grain de façon régulière et contrôlée. C'est ce mouvement répétitif qui produit le fameux « tic-tac » caractéristique du moulin.
Les noms régionaux
Selon la région de France, cette même pièce s'appelle :
- babillard (le plus courant, à cause du bruit qu'elle fait — « babiller » = bavarder)
- frayon
- cornilhet
- fuseau
- quenouille
Donc si tu entends l'un ou l'autre terme dans la description d'un moulin, il s'agit du même mécanisme d'alimentation des meules en grain — pas de deux pièces distinctes avec des fonctions différentes.
L'échauffement des meules
Si les meules tournent à vide, elles s’échauffent et s'usent rapidement. Au pire, des étincelles peuvent se former et provoquer facilement une explosion et incendie dans cette atmosphére chargée de micro-particules de farine, ce qui n'était pas rare concernant les moulins et une des raisons pour laquelle un moulin était toujours à l'écart du village.
Pour sécuriser ce risque, on trouve des systèmes d’alarme ingénieux afin de prévenir le meunier que la trémie est bientôt vide.
On utilise pour cela une clochette : un objet était placé au fond la trémie, attaché à une corde, à l’autre bout de la corde, à l'aplomb de l'oeillard est attaché un contre-poids. Lorsque la trémie se vide la corde libérée laisse descendre le contrepoids qui vient se placer contre le frayon (ou babillard) agitant alors la clochette.
L’auget (sabot) – moulin de la Mousquère à Sailhan (Hautes-Pyrénées)
L’auget, frappé par le babillard guide et régule le débit du grain vers l’oeillard.
Le babillard (ou frayon) et la clochette – moulin de la Ribère à Mauvezin (Hautes-Pyrénées)
Le babillard secoue l’auget et fait ainsi descendre le grain de façon régulière et contrôlé. La clochette avertit le meunier quand la trémie est vide.
Le canal de fuite
Documentations
Wikipedia - Moulins à rodet
Wikipedia - les moulins
Claude Rivals - Mille ans de meunerie en France et en europe - Le moulin et le meunier Tome I & II
Jean Orsatelli - Les Moulins
Illustrations






























