Les moulins

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Découvrez l'Histoire des Moulins

Moulins

par Jean-Jacques BRU | Août 22, 2025

Alors qu’au Paléolithique, l'Homme vit de chasse, de pêche et de cueillette, au Néolithique, soit à partir de 5000 avant J.C, l'Homme devient progressivement pasteur et agriculteur et se sédentarise.

Il cultive alors les céréales et rapidement essai de transformer les graines récoltées en farine qui devient alors la nourriture de base (galettes, bouillies). Il met alors au point différentes techniques pour obtenir cette farine, techniques qui ne cesseront d'évoluer jusqu'à nos jours :

A une première époque, les céréales sont broyées sur une pierre plane, sur laquelle on écrase le grain à l'aide d'un galet par un mouvement de va-et-vient.

On utilise ensuite le pilon et le mortier, c'est la technique des égyptiens.

Puis le moulin "à bras", formé de deux meules de pierre superposées, le grain étant introduit par le centre évidé de la meule supérieure.

Un peu plus tard, les meules plus grosses sont manoeuvrées par des animaux ou des esclaves attelés aux timons : c'est le moulin dit « moulin à sang ».

Les premiers moulins à eau sont équipés de  roue horizontale

Ce sont les romains qui découvrent le moulin à eau, en Asie Mineure, au Ier siècle avant J.C. Ils l’introduisent en Italie pour remplacer progressivement les « moulins à sang » par ce type de moulin.  Il subsiste à Barbegal, prés d'Arles, les vestiges d'une usine hydraulique qui groupait cinq couples de meules en cascade (la même eau en descendant la colline alimente ces cinq couples de meules).
A partir du IX e Siècle, on en installe dés que le réseau hydraulique le permet.  Les moulin se multipleint fortement du Xè au XIIè siècle du fait de l'extinction de l'esclavage et l'essor du féodalisme, les seigneurs et ordres religieux réguliers y trouvant une source de revenue importante (moulin banal (Lien à faire)). L'utilisation de cet énergie hydraulique permet une productivité sans comparaison avec le travail manuel d’un esclave ou d’un animal. (environ 40 fois plus).

Un moulin à eau, ou moulin hydraulique, est une installation destinée à utiliser l'énergie mécanique produite par le courant d'un cours d'eau qui est amenée au moulin par un bief. L'eau courante de la rivière anime des pales fixées sur un axe : cette force giratoire horizontale actionne alors directement une meule mobile dite tournante, reposant sur une meule fixe dite dormante.
Techniquement, c'est assez simple : en effet, il ne comporte aucun engrenage ni renvoi d'angle, puisque la roue horizontale est calée directement sur l'axe de la meule, aussi horizontale, et la vitesse de rotation de la roue est suffisante pour que la meule écrase les céréales, sans qu'il y ait besoin de multiplication.

Avec un tel moulin, pour moudre 100 kg de grain, sous une chute de quatre mètres (hauteur moyenne sur ce type d'installation), il faut environ 600 mètres cubes d’eau. (àvérifier si ok ?)

L'arbre à cames qui transforme le mouvement circulaire en un mouvement alternatif permet, à partir du XIIème siècle, d'utiliser également le moulin à eau dans l'industrie textile (foulage du textile) et dans la métallurgie (broyage du minerai, martelage, fabrication du papier).

On rencontre plusieurs types de moulins à  roue horizontale, successivement en fonction des époques, comme on peut le voir sur les images ci-contre.

Moulins à trompe, les premiers, (aux XI, XII, XIIIème siècle) :
La roue porte des pièces de bois taillées de façon à présenter à l'eau une surface à la fois oblique et concave, appelées cuillers. L'eau est amenée par une sorte de tuyau en bois dit trompe.
Le Moulin de la Porte repose sur cette technique. (Lien à faire)

 Moulins à cuve, par la suite :
La roue est installée dans un bassin circulaire (en pierre, bois). L'eau s'y déverse à hauteur de la face supérieure de la roue à pales obliques, créant un tourbillon qui l'entraîne dans un mouvement giratoire. Cette technique arrive en début du 18é siècle. C’est le système précurseur des turbines.

Puis vinrent les moulins à eau à roue verticale

Le principe de la roue verticale est plus complexe : par le jeu des engrenages, la force giratoire verticale (la roue) est transformée en force giration horizontale (la meule tournante).

La roue verticale en dessous ou pendante
L’eau actionne la roue en passant par dessous.. Elle est "suspendue" au-dessus de l'eau de façon à ne plonger que ses pales inférieures.

La roue verticale au-dessus
Cette roue se rencontre dans les régions accidentées où il est relativement facile de barrer un ruisseau et de creuser une dérivation amenant l'eau au moulin en créant une importante dénivellation. Pour éviter le gaspillage de l'eau motrice les pales sont enfermées entre deux couronnes ce qui délimite des caissons ou augets.

Les moulins à vent ...

Les moulins à vent sont installés à partir du XIIIe siècle un peu partout en France. Ils sont  utilisés soit comme moulin principal, soit comme moulin d'appoint à un moulin à eau.

Le moulin de la Porte dispose ainsi d'un moulin à vent d'appoint, soit pour pallier au manque d'eau en période d'étiage, soit pour venir en complément en période de forte demande ou en période de nettoyage/maintenance du moulin à eau.

Ce moulin à vent d'appoint au moulin de la Porte est situé sur la colline, juste au dessus. Ainsi, il est facilement accessible, pour le meunier qui réside au moulin de la Porte.
Ce fait de moulin d'appoint est confirmé, contrairement au moulin de la Porte,  par les faits suivants :
- Il n’est jamais fait mention à l’état-civil de Naussannes d’habitants au moulin à vent
- On ne retrouve sur aucune carte, aucun document notarié,  la présence de bâtiments annexes à ce moulin à vent, tel qu'une écurie.
- Il est  mentionné comme un bâtiment annexe sur l'ensemble des actes notariés. (Lien à faire ODJ)

Dans les moulins à vent, la force vertical des ailes est transformée, par un jeu d’engrenage, en force horizontale actionnant la meule tournante. Le moulin à vent présente deux inconvénients : son pouvoir d'écrasement est plus faible (une seule paire de meules) et le vent est capricieux (trop fort, trop faible, absent).

De plus en plus de moulins au XVIII et XIX siècles, puis le déclin

Au XVIIIe et XIXe siècle le nombre et la puissance des moulins s’agrandissent considérablement : (Lien à faire article recensement)  le recensement effectué en 1809 puis déclinent rapidement

Ainsi, en 1809 le nombre total de moulins en France est de 98 157 :
   - 82 300 moulins à eau dont 33756 à roue horizontale et 48544 à roue verticale
   - 15 857 moulins à vent

La population de la France étant alors estimée à 29 millions d’habitants, cela représente, environ, un moulin pour 300 habitants.
En Périgord, cet inventaire de 1809 recense 2710 moulins, soit en moyenne un moulin pour 160 habitants, ce qui est également le cas à Naussannes.


Le moulin de la Porte, de l’eau à la mouture …

Le moulin de la Porte, de l’eau à la mouture …

Moulins

par | Jan 28, 2023

Un rouet en bois

par | Jan 28, 2023

Le bief

Le bief permet d’amener de l'eau au moulin en détournant via un barrage ou seuil construit sur le cours d'eau ("Le Naussannes" dit aussi, à l'époque du moulin, "Le Braquemart" (voir ...)), une partie de son eau. Il permet également de  stocker suffisamment d’eau nécessaire à une mouture, au niveau volume et pression.

 La chambre à eau

La chambre à eau ou chambre des rouets est située sous les meules, au niveau de la chute d’eau.

C'est le point le plus bas du moulin. C'est une "chambre noire", accessible uniquement par le meunier en cas d'avarie du système de captage de la force hydraulique. Le meunier y accède par un escalier en depuis la salle des meules.
L’eau y arrive, en provenance du bief, par un canal et deux percées dans le mur, chacune munie d’une trompe ou coursier en bois faisant office de vanne, de conduite canalisée et dirigée de l’eau afin que celle-ci entraîne au mieux le rouet correspondant. 
(sur l'image correspondante, ces trompes, en bois, n'existent plus et d'autre part, une des deux arrivées a été bouché pour fixer un tuyau)
L’ ouverture ou la fermeture de la trompe s’effectue depuis la salle des meules par une tige en fer, le Tirant. Ces arrivées d’eau sont à environ 4 mètres sous le niveau d’eau du bief lorsqu’il est rempli au maximum.

Explorons les divers mécanismes qui transforment la force hydraulique en mouvement de rotation de la meule tournante, en partant du point le plus bas de cette salle, soit au dessous du niveau de l'eau quqi y réside en permanence.

Au plus bas, nous trouvons "la pontille". C'est une poutre horizontale en chêne (grosse poutre sur l'image) appelée "banc"  qui prend appui en porte à faux, (sans être fixée), sur une autre poutre perpendiculaire (petite poutre sur l’image), elle-même fixée sur de solides pierres enfoncées dans le sol. La grosse poutre, du fait d'être non fixée peut être mue verticalement. Nous reviendrons ultérieurement sur les raisons de cette possible mobilité verticale.

Sur la grosse poutre est fixée la "crapaudine", bloc en acier ou bronze, constituant un palier en butée dans lequel tourne un pivot en métal trés dur appelée "grain". Celui-ci est emboité, du côté opposé, dans un bois appelé "arbre". "Arbre qui, au dessus, traverse et est fixée au rouet (ou rodet ou roue) à cuillers (ou augets) (rouet retrouvé dans la boue et l’eau, ce qui a permis sa conservation).
La dimension du rouet est approximativement identique à celle de la meule qu’il actionne, soit environ 120 cms de diamètre. Les cuillers sont assemblés au centre du rouet par un système à chevilles. Chaque cuiller est donc mobile. On peut ainsi changer un seul cuiller s’il est cassé ou usé.
Si l’âme du moulin est le meunier, le rouet en est le cœur, la pièce maîtresse qui fait le lien entre l’eau et le moulin, qui capte l’énergie des éléments naturels et la transforme en puissance mécanique.
 Un assemblage complexe, composite de variétés de bois nobles choisies chacune pour ses propriétés spécifiques, d’une grande précision et d’une solidité à toute épreuve. Le puissant flux de la trompe à eau d’un côté, le poids considérable et l'inertie de la meule tournante au-dessus, les tensions sont extrêmes. Il faut que l’outil soit parfait pour que le mouvement de la machinerie soit continu, régulier, sans vibration.
Retrouvons notre arbre, au dessus du rouet ... dans celui-ci est enfichée une tige métallique appelée "gros fer", d'abord rectangulaire puis arrondie dans sa traversée, au-dessus, de la meule dormante qui se trouve dans la chambre des meules.

La suite , donc, dans la salle des meules ...

Ci-contre, les fouilles dans le bas de la salle d'eau, fouilles qui ont permis de retrouver l'ensemble des éléments ci-dessous, dans l'état présenté, environ 120 ans après la dernière mouture

La chambre des meules

La chambres des meules est l'endroit où on trouve le tournant (les deux meules), le grain à moudre, la mouture, les meuniers, les clients amenant leurs céréales…

C'est un endroit ouvert, avec beaucoup de mouvements, de va-et-vient de personnes, de grains, de farine.
d'où l'expression "on y rentre comme dans un moulin"

On y accède du côté Ouest du Moulin par quelques marches extérieures (attention ça glisse …) descendant vers la porte d’accès.
On remarque la forme de la pierre …, taillée de façon que le sac de blé ou de farine porté sur l’épaule ne touche pas lorsqu’on descend ou monte les marches

C'est ici le point central du moulin, l'endroit d'où le meunier "pilote" entièrement sa "machine" à moudre.
Il ouvre, régle le débit, ferme l'arrivée d'eau en provenance du bief, en agissant sur le "tirant"
Il règle la finesse de la mouture en agissant sur le levier de trempure.
Il ouvre, règle le débit, ferme l'arrivée du grain dans l'auge.
Il y reçoit les personnes qui viennent faire moudre,  ceux qui empruntant le chemin y font une petite halte pour se mettre à l'abri ou pour discuter avec le meunier qui de ce fait est au courant de toutes les nouvelles du village.

Le fonctionnement du Moulin de la Porte

Le principe de fonctionnement

Nous avons vu que de la chambre d'eau, montait le "gros fer" prolongement de l'arbre qui transmet le mouvement circulaire du rouet.
Ce "gros fer" traverse, dans sa partie arondie,  la meule dormante (gisante) via le "boîtard" en bois garni de graisse puis se prolonge par une barre métallique aplatie et de section rectangulaire. Le rôle du "boîtard" est d'empêcher le grain de s'échapper le long du "gros fer". La graisse qu'il contient permet au "gros fer"  de tourner aisément sans s'échauffer.

Le "gros fer" se loge ensuite dans l'annille, pièce métallique en forme de U (ou un X) qui est placée dans des entailles pratiquées dans la face du dessous de la meule tournante. Quand le moulin fonctionne, l'annille permet de transmettre le mouvement de rotation de l'axe à la meule tournante mais aussi volante (elle repose alors uniquement sur ce "gros fer"). L’ anille est un élément très important car, à elle seule, elle doit maintenir en équilibre la meule tournante sur l’arbre et transmettre sans à coups le mouvement rotatif de celui-ci à la meule. En plus de la qualité de l’anille, Il est très important que la meule soit bien équilibrée, d’un poids identique sur toute sa surface sous peine qu’elle prenne « du gîte » et déséquilibre l’ensemble meule, arbre, rouet.

Nous avons parlé, dans la chambre d'eau, du système de trempure.
Sur un côté de la pontille, est fixée une tige, dit « épée, aiguille, levier de trempure», qui se termine, au-dessus, dans la chambre des meules. (cet aiguille n'existe plus, ou du moins pas encore retrouvée au moulin de la Porte). Celle-ci permet de plus ou moins soulever la pointille : étant donné que sur l'ensemble pontille/crapaudine/grain/arbre/rouet/gros fer repose la meule tournante, on comprends qu'en soulevant plus ou moins la pontille, on soulève plus ou moins, au final, la meule tournante.
Il faut par contre bien imaginé que l'ensemble pèse environ 1,5 tonne (cela nécessitait donc un système de levier pour démultiplier la force du meunier ou sur les moulins plus modernes un système de vis avec manivelle) et que le réglage doit être très précis puisqu'il s'agit  de régler l’écartement des meules au plus fin (de quelques millimètres) depuis la chambre des meules et donc in fine de régler la finesse de la mouture. Ce réglage de l'écartement doit être rectifié lors de chaque séance de mouture ou même en cours de mouture et peut varier très fortement en fonction de paramètres tels que la température, l'humidité de l'air, l'humidité du grain, la variété de blé, etc.

Au moulin de la Porte, seule reste une meule dormante, sa meule tournante ayant été enlevé, mais peut-être, un jour, reviendra-t-elle…

A l’origine, il y avait un deuxième couple de meules : soit pour gérer les temps de repiquage des meules, soit parce que chaque couple de meules était spécialisé dans un type de mouture ( un couple de meules pour le blé , un autre pour les céréales telles que le seigle, sarrasin et maïs).
Le meunier devait pouvoir surveiller et accéder facilement à la chambre d'eau et notament au rouet. Pour cela, il existe un escalier en pierre tel que nous pouvons le voir sur l'image de droite.

Imaginons les équipements en bois, aujourd'hui disparus… d'après d'autres moulins toujours en service...

Hormis les meules et le meunier  smile   l’équipement de la chambre des meules était principalement en bois. Ceci explique la disparition, hormis quelques planches, de l’ensemble de ces équipements en bois, au moulin de la Porte.

Les meules sont enfermées dans un coffrage en bois appelé archure. Celle-ci est généralement circulaire de façon à être au plus prés des meules. Il peut exister des archures carrées mais cela a été interdit (il restait trop de mouture dans les « coins » que le meunier avait « tendance » à garder pour lui et à récupérer entre deux clients).

Au dessus du couple de meules, la trémie en forme de pyramide renversée contient le grain à moudre et se termine par le sabot.
 L'auget en trépidant régule la sortie du grain de la trémie. Cette trépidation est le fait du frayon (ou babillard), came (cylindre carré), de bois dur ou en fer,  fixée sur l'axe du gros fer.
Le frayon, en tournant, frappe l'auget quatre fois à chaque tour de meule : à chaque coup, l’auget libère le grain contenu dans le sabot.
C'est le frayon qui est la source du caractéristique tic-tac des moulins.
Le grain tombe ensuite dans l'oeillard, au centre de la meule tournante, et se fait écraser entre les deux meules de façon de plus en plus fine, ceci en se dirigeant vers la périphérie de la meule grâce aux sillons qui sont tracés en conséquence.
On peut faire varier la quantité de grain qui descend par la position du sabot grâce à un système de régulation de la pente par ficelle et contre poids : le baille blé.

Les faces des meules sont creusées de sillons guidant le grain durant la phase d’écrasement de l’intérieur vers l’extérieur des meules, de façon à écraser de plus en plus finement la mouture et la guider vers l’archure dans laquelle elle tombe puis en sort par l’anche pour aboutir dans une auge ou huche.

Selon la technicité du moulin on peut effectuer alors le tri farine en utilisant un blutoir : cylindre en rotation, en pente, avec une trame de moins en moins fine : en sort alors successivement la farine, le remoulage et le son dans trois auges différentes.

L'échauffement des meules

Si les meules tournent à vide, elles s’échauffent et s'usent rapidement. Au pire, des étincelles peuvent se former et provoquer facilement une explosion et incendie dans cette atmosphére chargée de micro-particules de farine, ce qui n'était pas rare concernant les moulins et une des raisons pour laquelle un moulin était toujours à l'écart du village.

Pour sécuriser ce risque, on trouve des systèmes d’alarme ingénieux afin de prévenir le meunier que la trémie est bientôt vide.
On utilise pour cela une clochette : un objet était placé au fond la trémie, attaché à une corde, à l’autre bout de la corde, à l'aplomb de l'oeillard est attaché un contre-poids. Lorsque la trémie se vide la corde libérée laisse descendre le contrepoids qui vient se placer contre le frayon (ou babillard) agitant alors la clochette.

Le canal de fuite

Et oui, il faut bien que l'eau ressorte du moulin ...
C'est le rôle du canal de fuite qui permet à l’eau de rejoindre la rivière en aval.